Taras Fanè
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Douce amertume (Hilary ewilan)

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Douce amertume (Hilary ewilan) Empty Douce amertume (Hilary ewilan)

Message  Nessmaïa le Lun 28 Jan - 2:01

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Prélude





« S'est-elle réveillée ? », hurla-t-on dans les escaliers.


« Chut ! La pauvre enfant dort encore, n'allez point la faire sursauter ! », répondit une domestique grossièrement fardée et farouchement énervée.



Ces cris du matin étaient de routine. A l'étage de la maison, les portes battaient et les pas s'accéléraient. Les suivantes, au nombre de quatre, se pressaient autour de la riche propriétaire et l'assistaient dans les tâches du quotidien, à l'exemple de la toilette et du lever d'Hilary. Lorsqu'il s'agissait de tirer cette dernière de son sommeil, toutes se dérobaient. Et pour cause ! L'elfe dormait à poings fermés. Comme au premier jour où elles l'avaient trouvée étendue dans l'herbe. La mignonne émouvait, donnait le sentiment d'être aussi fragile qu'un pétale de rose blanche et c'est ainsi qu'on la laissait au lit, recroquevillée sous ses nombreuses couvertures. Son teint pâle, qui nacrait légèrement sur le noir ébène du traversin en soie, exprimait à la fois l'ingénuité et la maladie. Domenys, la femme de chambre, se demandait toujours si elle devait tirer les rideaux ou les laisser clôs. Une voix autoritaire finissait toujours par retentir, effaçant tous ses doutes et la sommant de s'executer.



Ce jour-ci, Lisabeth, la maîtresse de maison, vint réveiller l'elfe en personne.


« Debout ! », s'exclama-t-elle dans un rugissement.



D'un geste brusque, elle leva les voiles bleu-nuit du lit à baldaquin et secoua le corps frêle de l'endormie. Sous les draps, on se mouva et un cou étroit émergea, de même que surgirent deux longs et maigres bras de coton. Pendant, que l'elfe aux cheveux de mille nuances s'étirait, une femme qu'elle ne connaissait point ouvrit les fenêtres. Un filet d'air glacé courut alors à l'intérieur de la pièce et vint caresser sa peau lisse et lactée. Elle frissonna. Elle frissonna, comme elle avait tant l'habitude de le faire. Son corps mince et élancé réagissait exagérément à la chaleur et au froid depuis qu'elle demeurait dans cette habitation. Que lui avait-on fait ? Pourquoi se trouvait-elle là ? De mémoire, Hilary n'avait jamais vécu dans pareil endroit, ni ne connaissait tout ce monde. Pourtant, celui-ci semblait aux petits soins pour sa personne. Et ce, de manière continuelle et avec une sincérité authentique. On lui souhaitait tous les jours qu'elle se rétablisse et qu'elle vole de ses propres ailes. Chaque matin, le personnel entrait en trombe dans la pièce pour aller la laver, la coiffer et l'habiller. Aussi, Lisabeth veillait-elle à ce qu'elle ne manque de rien et ordonnait qu'on lui refît le lit plusieurs fois dans la semaine. On priait même Fryelund afin qu'elle rentre dans son foyer. Mais voilà, elle n'en avait guère. Peu à peu les souvenirs lui revenaient, ils s'emmêlaient inextricablement, à l'image d'une chevelure que l'on néglige, et cette hypothèse devenait constat. Elle était sans famille. Ses parents, elle les méprisait au plus haut point, sans qu'elle ne se rappelait pourquoi. Sans doute lui avaient-ils fait du mal, l'avaient-ils heurtée dans son âme. C'était probablement cela.



Soudain, la porte s'ouvrit en grinçant. Une tête à chapeau apparut, puis une poitrine, que l'on devinait forte sous le tissu, et des épaules recouvertes d'un fichu.


« Je vous apporte votre déjeuner », déclara la femme dans un petit sourire.



Sans dire un mot, la belle et solitaire Ewilan fixa l'individu. Son regard balaya l'espace un instant - elle put constater combien au dehors il faisait beau - puis revint se poser sur la servante. Là, elle se mit sur le bord du lit, posa un pied sur le sol, puis l'autre et se leva. Tout en gardant le silence, l'elfe se dirigea vers la baie la plus proche puis contempla le jardin. A sa droite et à sa gauche, les vitraux déposaient sur son visage sans ride de miniscules motifs translucides, colorés de rouge, d'émeraude et d'argent. Ainsi, elle semblait porter mille bijoux sertis de pierres précieuses, quelque parure imaginaire mais onéreuse. Dans le soleil de midi, sa peau richement décorée se teintait d'or et lui donnait un certain air royal. Si on ne la connaissait guère, on put dire qu'elle était une princesse, une adepte du luxe et une jeune femme coquette. Cependant, la réalité était tout autre. A dire vrai, Hilary était une nomade, une aventurière animée par le besoin de voyager et de découvrir. Le seul port d'attache qu'on lui trouvait était la forêt, ce qu'elle nommait "sa maison", la nature étant sa plus fidèle amie, sa confidente et sa croyance. Ce n'était pas quelqu'un de matérialiste, au contraire, elle était une âme simple qui s'émerveillait devant l'Aube, rêvait de pays enneigés et prenait malin plaisir à voir la mer et le ciel reprendre leurs droits sur chacun des peuples. Jadis, elle avait foulé les terres nacrées d'Ecridel avec pour seul bagage, un morceau de pain au sésame ainsi que son amour pour la faune et la flore.



Les lieux qui l'accueillaient étaient bien différents de ses bois. D'une part, elle avait du troquer tous ses compagnons, les cerfs et les loups, les mésanges et les chouettes, contre des elfes. D'autre part, elle vivait à présent entre quatre murs. C'était comme si on la privait d'air. De fait, l’exiguïté de l'environnement lui donnait la sensation d'étouffer, de se mourir à petit feu. Seuls son imagination et ses songes la faisaient s'évader de cette prison dorée. Ils la maintenaient en vie et venaient contrebalancer le poids des relations sociales imposées.



« Mangez tant que c'est chaud », dit-on d'une voix amicale.



Sans se faire prier plus longtemps, Hilary ewilan s'installa à la table qui occupait le centre de la chambre et goûta le potage qu'on lui avait préparé. Les topinambours, patates douces, courges et potirons réveillaient ses papilles. Quant au soupçon de crème, il lui mit plein de douceur dans la bouche. En même temps qu'elle humait les douces senteurs de l'écuelle, elle se délectait du mets. Elle eut même la surprise de découvrir dans les dernières cuillerées une compotée d'oignons noirs, chose qu'elle n'avait jamais mangée mais qu'elle apprécia fortement.


Dernière édition par Nessmaïa le Lun 28 Jan - 2:03, édité 2 fois
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Message  Nessmaïa le Lun 28 Jan - 2:01

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La mémoire est d'or





« Dépêchez-vous de terminer votre repas, je vous emmène prendre votre bain. »


A ces mots, je crus devenir folle. Tout ce petit rituel m'agaçait, mais je n'avais pas le choix. Aussi, je me gardais d'exprimer ma lassitude et suivais-je toujours, avec docilité, les domestiques.


« J'arrive », marmonnai-je.



Alors que nous marchions dans le couloir, une tapisserie au mur attira mon attention. Je m'arrêtai un instant, sans que l'autre n'en vit rien, et fixai l'objet suspendu. La clarté du jour rendait visible tous les grains de poussière endormis sur l'ouvrage immense. On y représentait une partie de chasse dans un sous-bois, un cerf et deux Hauts-elfes encapuchonnés. Un sentiment étrange s'empara de moi. Comme si j'avais moi-même vécu la scène.



Cela te dit quelque chose à toi ? Non, non... Regarde donc ! C'est ce que je fais très chère. Hélas, je ne saurais t'être utile. Nous devrions chercher plus rigoureusement dans notre mémoire. Ah ! ... quoi donc ? Un indice ? Il m'arrive de penser que tu es obstinée, parfois plus que tu méprises les tiens. Sans doute suis-je comme tu dis mais ne me fais pas attendre davantage ! Qu'as-tu trouvé ? La tapisserie dessine un lieu qui m'est familier et puis ces personnages, ils le sont tout autant. A moi, cela ne dit rien. Et pourtant, je ressens quelque chose face à ce tableau de tissus. Je ne peux te dire quoi. Cela ne m'étonne guère ! Depuis des siècles ton corps se repose dans une maison d'Asteras, Cité que habituellement tu détestes. Il est évident que tu n'as plus toute ta tête ! Les souvenirs t'échappent, ils s'enfuient et te laissent là, innocente, sans la moindre vérité. Pourquoi n'aimerais-je pas Asteras ? N'est-ce pas la ville la plus rayonnante du royaume, une ville de commerce et de culture ? Eh bien, du plus loin que je me souvienne, tu n'as jamais apprécié cet endroit. Il t'inspirait le mépris. Ses tours d'ivoire prétentieuses qui prétendent toucher le ciel, son cercle de bronze qui ose défier l'éclat du soleil, les maisons exagérement décorées... sans compter la population ! Tu l'as toujours pensé, les elfes sont imbus d'eux-mêmes. Tu ne les as jamais aimés ; tu les as toujours méprisés... Alors, que fais-je ici ?


« Otez votre robe ! », m'ordonna-t-on soudain.


Je ne compris pas tout de suite que cette injonction m'était adressée. De fait, je portais rarement ce genre de vêtement. A moi, petits souliers en vélin et tunique en lin ! Exit les jupons, les habits de soie ou les froufrous ! Cependant, c'était bien à moi que l'on parlait.


« Faites donc mon enfant ! » s'impatienta la femme.


Pourquoi m'appelait-elle ainsi ? Quelle âge avais-je ? Sans doute, si je les lui posais, ne répondrait-elle pas à mes questions. Je n'avais plus qu'à m'exécuter et à me dévêtir, comme à ses souhaits. Et j'avais beau essayer, cela m'était impossible. Rivés sur moi, les deux yeux de la domestique, me mettaient dans une inertie complète. Incapable de me mouvoir, je restai là, sur mes jambes, immobile.

Quand l'inconnue comprit que sa présence me gênait, elle se retourna, et comme je demeurai sans bruits, elle s'en alla. A peine eut-elle fermé la porte derrière elle, le sourire me revint. J'étais seule. Enfin.

Tout en faisant glisser lentement les manches de mon vêtement sur mes épaules, je découvrais la pièce d'eau du regard. En m'attardant sur les murs, je remarquai combien les mosaïques étaient ciselées et qu'il était des miroirs brillants tels que je n'en avais jamais vus. La salle était emplie d'une lumière tiède et douce, de sorte qu'on s'y sentait bien. De sorte aussi qu'on pouvait y être nu. Je fis rouler les tissus jusqu'à mes genoux, puis jusqu'à mes mollets et enfin jusqu'à mes chevilles. Puisque je n'étais en compagnie que de moi même, me trouver dans le plus simple appareil ne me gênait point. J'avais tout mon temps pour pénétrer dans l'eau fumante du bassin, personne pour m'y obliger, me hâter.


Dernière édition par Nessmaïa le Lun 28 Jan - 2:04, édité 1 fois
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Message  Nessmaïa le Lun 28 Jan - 2:02

J'avançai mon pied prudemment vers la surface du bassin et y trempai la pointe. La chaleur s'y enroula puis pénétra ma chair. La sensation de bien-être m'emplit lentement jusqu'à se diffuser dans mon corps entier. J'étais bien. C'était l'un des rares moments où l'on pouvait envisager de me laisser. L'espérance ou le rêve d'une douce solitude. Le rare instant qui me défalquait du vacarme ambiant et m'ôtait du ménage.


D'un geste paisible, je fis glisser une main sur l'étendue plane puis m'y penchai. Là, un miroir d'une longueur démesurée me faisait face. Avec fidélité, on avait reproduit la réalité et l'avait coulée dans mon bain. Il me semblait que l'image servile que je comtemplais était plus qu'un reflet, qu'elle exprimait mes fantasmes et mes pensées. De ce fait, j'attendis sans bruits. Je ne savais guère quoi espérer mais l'elfe qui couchait sur l'eau pouvait se mouvoir. Alors, peut-être me révelerait-elle quelque chose. Cependant, elle s'entêtait à répéter mes mouvements, presque me mimait. Sans chercher à me contrefaire, la silhouette flottante bougeait le bras, le torse et la tête tout comme moi. Ce n'était que l'ombre de moi-même.


J'étais seule. Mais je ne l'avais jamais été autant.


N'y avait-il dans cette maison que la place pour l'agitation de la foule et les retraites ? Ne pouvais-je espérer mieux ?


J'ai l'impression d'être enfermée dans une geôle. Je partage ta pensée. Que faire ? Au fond de toi, tu trouveras la réponse. Je ne souhaite pas influencer ton jugement.

Des éclats de rire raisonnèrent dans la pièce.


A la bonne heure ! Sans cesse je demande ton opinion. C'est ensemble que nous pesons le pour et le contre. Tu es en quelque manière ma voix de la raison... parfois même de la déraison ! Je ne supporte pas cet outrage ! Souvent, je m'applique à te raisonner, à calmer tes folies ! Ceci, en revanche est un défaut que je te trouve : tu n'as point d'humour. Queneni. Et puis cesse de me tourmenter, lave-toi !

Ce que je fis. En noyant mon corps dans le liquide, je constatai qu'il était tiède. Toutes les fumées chaudes s'en étaient allées, s'étaient pressées contre les baies et miroirs à présent couverts de buée. Ne restait plus qu'une eau refroidie et mon visage crispé.

Tu fais la difficile alors que jadis tu goûtais l'eau glacée des rivières !



Comme pour ne plus entendre cette voix dans ma tête, je me laissai couler. Sous l'eau, j'ouvris grand les yeux et me pris à imaginer une faune sous-marine. Mille saumons et brèmes argentés tournoyaient autour de moi. Dans les algues, il était des carassins aux écailles rouges et des gambusies vêtues de nacre. Et cependant que je tendais les bras pour attraper ces poissons, l'un d'eux passa sous mon nez avec une indolence remarquable. Je vis danser sa queue comme un tissu puis il s'engouffra dans les profondeurs. Alors, un banc de carpes suivit le téméraire jusque dans les abîmes du bassin... hors d'atteinte. Somme toute, j'allais peut-être m'y aventurer aussi ; mais mes poumons meurtris vinrent me rappeler que je n'avais, moi, pas de branchies.

Soudain, une anguille slaloma entre mes jambes à vive allure et me laissa pantoise. Dès lors, tout s'enchaîna rapidement : on poussa un cri puis une immense créature aquatique plongea dans l'eau. Je sentis que l'on attrapait ma taille et me tirait à la surface. En quelques temps à peine, j'étais sur le rivage, ma peau contre la mosaïque mouillée - ou peut-être était-ce ma peau qui était trempée -, affalée nue sur le sol, sous les regards inquiets des deux domestiques.

« Elle m'a fait une de ces peurs !, s'exclama la plus ronde.


- J'ai bien cru qu'elle allait y rester !, fit l'autre.


- Heureusement que nous passions par là et que nous l'avons empêchée de se noyer, sans quoi elle serait morte ! »
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Message  Nessmaïa le Lun 28 Jan - 2:02

Affalées autour de moi, les suivantes hystériques, quoique bienveillantes, déchiquetaient ma pudeur en mille lambeaux. Le sol, lisse et froid ajoutait à ce malaise. Pourquoi si peu de liberté ? Cette question de tous les instants raisonnait dans mon coeur. Un coeur pressé comme une orange, quelque agrume perdant toute sa saveur et sa consistance.



« Il fallait bien qu'on la repêche. » commenta à nouveau la domestique la plus imposante.



On parlait de moi comme d'un poisson. Pensait-elle que je suis une sirène ? Certainement. Sur la peau, mon corps transi de froid dessinait des écailles bleues, tout en transparence, et mes deux jambes ciselées rappelaient celles de la séduisante créature. A côté, les servantes ressemblaient plus à de grosses anémones. Et dans ce saisissant contraste, chacune d'elles observait, presque jalousement ma nudité. C'était comme pour l'arracher à la réalité. Toutefois, nul vêtement ne tomba du ciel de sorte qu'il me recouvrit tout entière. Je restais là, disséquée par des regards, presque sans dignité. Mes pieds auraient voulu trouver refuge dans une pantoufle et mon corps s'enrouler dans un tissu épais.



Si seulement je pouvais m'éclipser ! Hélas, je crois que nous n'avons pas ce pouvoir. En ai-je au moins ? Bien sûr... Voyons, tu es mage. Que fais-tu de l'apprentissage des hautes arcanes, à l'école de magie d'Asteras ? Arca..quoi ? L'étude de la magie, si tu préfères. Je m'étonne que tu ne te souviennes pas un temps soit peu de cet enseignement ; tu t'es dotée pour la toute première fois d'un bâton et tu étais si fière ! Je te revois avec ce visage jeune et enjoué, des manuels sous les bras. Etais-je douée ? En aéromancie, comme tant d'autres, tu as une formation d'excellence. Par ailleurs, tu avais rassemblé de multiples autres savoirs, de par ton expérience du nomadisme, ta complicité avec la nature et tes rencontres. Il y avait du grand, en toi. Et l'usage du passé ne me rassure guère...



Lorsque je relevai la tête, les deux femmes étaient parties. Par terre, traînait une robe en velours émeraude avec un empiècement de satin. Surprise qu'on me laissât seule, je décidai d'accepter l'invitation. Tête la première, je plongeai dans l'énorme masse de tissu puis j'en sortis habillée selon les convenances.



Fryelund, ce que tu as l'air bête ! Je n'en crois rien !


Prudemment, je me dirigeai vers le miroir mural. Ma quête s'acheva bientôt. Verdict : j'étais (en effet) ridicule. J'avais beau me regarder sous tous les angles, le vêtement que je portais me donnait l'allure d'une fille de taverne. De fait, ma mince poitrine avait triplé de volume - et je me demandais d'ailleurs si ces seins étaient bien les miens -, ma taille était devenue celle d'un enfant et que dire des épaules ! Peu m'importaient les soieries et dorures, c'était d'une laideur terrible.



Soudain, un grincement emplit la salle d'eau, interrompant ma séance de relooking. Un battement de porte, un pas ferme, et un homme, inconnu d'à lors, s'élança dans la pièce. Il avait l'air aussi étonné que moi. D'ailleurs, il semblait gêné de m'avoir découverte en cet endroit et s'empressa-t-il d'expliquer : « Vraiment, vous m'en voyez désolé. Le Maître taillandier m'a envoyé réparer l'une des vasques et à vrai dire, je n'ai pas pensé que... ». La fin de sa phrase sembla se perdre dans mon regard puis, revenu des abîmes, il s'exclama : « Mais vous l'avez mise à l'envers ! »

J'observai furtivement ses yeux pour voir ce qu'ils fixaient avec tant d'insistance. Apparemment, cela concernait la manière dont j'étais accoutrée. Il se mit à rire tout bas et aussitôt je compris. Si je voulais remettre cette chose à l'endroit, il me faudrait l'enlever ; aussi, le fis-je comprendre à l'intrus.



« Excusez-moi ! », s'exclama-t-il, tout en se retournant.



Déconcertée, je reculai légèrement, m'assurai que de là où il se trouvait, l'homme ne voyait rien puis fis tomber la robe sur mes genoux. Celle-ci possédait un laçage à l'emplacement de la poitrine ; c'est ce qui allait devant.



Pas facile de porter ce genre de trucs !Pour rien au monde, je n'aimerais être à ta place !Encore merci pour ton aide...



« Avez-vous terminé ? demanda l'inconnu.

- Euh... oui, je crois, dis-je à demi-voix.

- Vous croyez ? »



Quand il se retourna, je nouais avec mal les lacets. Il dut être pris de pitié car il offrit de s'en occuper. Devais-je accepter ? Comme je ne disais mot, il s'avança et saisis les derniers fils pendants avant d'effectuer quelques jolis noeuds. Rassurée par un tel savoir-faire, je me décrispai peu à peu et abandonnai le vêtement à sa performance. J'étais intriguée par tant de rapidité. On aurait dit qu'il avait fait cela toute sa vie.


« J'ai souvent vu faire ma soeur », confia-t-il, comme je le regardais. « Nous sommes jumeaux. »


Lorsqu'il eut fini, il me fit tourner sur moi-même et déclara d'un ton des plus sérieux « Cela vous sied à ravir, jeune dame ». Sans le remercier, je jetai un oeil au tableau réfléchissant pour vérifier ses dires. C'était tout aussi laid que la première fois, mais au moins c'était à l'endroit.


« Hm... laissez-moi l'arranger. » fit-il. Sur ce, il sortit de nulle part un poignard au manche décoré et se mit à tailler dans le tissu. Peu de temps après, la robe n'avait plus rien de surfait et de fantaisie ; elle était d'un caractère simple tout comme moi.
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